29 septembre 2013

Exposition – La ville magique

LaM, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Villeneuve d’Ascq (Lille)

Ville magique (affiche)du 29/09/2012 au 13/01/2013

Sous le titre poétique de Ville magique, le LaM a présenté une belle exposition interrogeant les mythes urbains et les représentations artistiques de la ville durant l’entre-deux-guerres. Construite autour d’œuvres et de pensées produites en Europe et aux Etats-Unis entre 1913 et 1950, l’exposition a non seulement présenté des peintures, des dessins et des collages, mais aussi des photographies et des extraits de films, incorporant ainsi sans sa scénographie deux formes artistiques modernes au développement synchrone à celui des premières métropoles. Dans les salles blanches du musée se répondaient les œuvres placées en vis-à-vis, les collages aux images animées, le trait des courbes, les rythmes des images, pour dessiner des visions brouillées de la ville en métamorphose.

Ville magique 4Au tournant du 20e siècle, conséquence majeure de la révolution industrielle qui nécessitait une main d’œuvre sans cesse croissante, les villes américaines et du Vieux Continent ont connu une explosion démographique sans précédent, traduite à la fois par une densification forte et par une extension vertigineuse, en surface et en hauteur. Aux nouvelles activités et aux nouveaux moyens de transport qui se développaient correspondaient de nouveaux bruits, générant des ambiances urbaines inédites. D’autre part, la généralisation de l’éclairage public a bouleversé les rythmes de la vie en ville et créé de nouveaux paysages. Artistes, écrivains et intellectuels ont capté ces changements et offert des visions variées de ces réalités, livrant des témoignages sur ces cités nouvelles créées par l’industrialisation (tel le peintre britannique Malcolm Lowry) ou des villes anciennes qui se transforment.

Ville magique 1Les deux premiers volets de l’exposition étaient ainsi consacrés à New York et Berlin, villes emblématiques de la modernité urbaine. Présentée comme une ville verticale, la première est symbolisée par la jungle des gratte-ciels de Manhattan, objets de fascination pour tous ceux qui arrivent à New York (voir les œuvres de Hugh Ferris ou Howard Cook). Les artistes européens ont eux aussi documenté la modernité américaine, la comparant à leurs villes. La frénésie du Berlin des années 1920 s’est traduite quant à elle par des visions kaléidoscopiques, représentant les strates historiques de la ville, son aspect cacophonique et son accélération (célèbres collages de Paul Citroen et Umbo et les film Metropolis de Fritz Lang ou Berlin: Die Sinfonie der Großstadt de Walter Ruttmann).

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Les deux dernières parties de l’exposition présentaient au spectateur d’autres visions de la métropole moderne, non plus à travers des lieux emblématiques mais en abordant des facettes particulières de la vie en ville et leur traitement par les artistes. Quand la ville dort, elle devient pour les surréalistes des années 1920 le théâtre de l’inconscient collectif et individuel, qu’ils ont représenté en mettant en scène l’architecture moderne en référence à l’Antiquité (Giorgio de Chirico, Paul Delvaux), et les fenêtres éclairées dans la nuit comme une projection de l’intimité du flâneur (René Magritte).

L’errance nocturne s’achevait dans l’exposition par un passage à travers des romans et films noirs qui documentent les zones de déshérence de la grande ville (Jules Dassin, William Wyler). Le flâneur s’est fait détective, rencontre sur les trottoirs ou croit percevoir dans le reflet des vitrines des personnages inquiétants, du malfrat à la femme fatale, peuplant les représentations de la ville noire et labyrinthique.

L’exposition se refermait par une postface en appelant à l’ange que Walter Benjamin décrivait en 1940: « avançant avec effroi vers l’avenir et un chaos toujours plus certain, il tourne son visage vers le passé. (…) Benjamin assigne ainsi au philosophe, au penseur, et à l’artiste, le rôle romantique de celui qui désigne les lignes du temps » (S. Lévy, dans le catalogue, p.220). Cette même image de l’ange se retrouve encore dans l’Âme de la ville de Chagall, dans les gargouilles de Notre-Dame de Paris photographiées par Brassaï et finalement dans les Ailes du désir (1987) du cinéaste Wim Wenders, qui revient, soixante ans après la « Symphonie » cinématographique de Ruttmann, sur la ville de Berlin.

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Catalogue :

La Ville magique, Paris, LaM – Editions Gallimard, 2012, 232 p.